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France : terrains de sport, centrales nucléaires… où échappe-t-on (un peu) aux restrictions d’eau ?

Interdiction d’arroser son potager, les espaces verts ou encore de remplir sa piscine. En France, la sécheresse persiste et les arrêtés préfectoraux limitant l’usage de l’eau se multiplient. Pourtant certaines infrastructures échappent à la règle. Quelles sont-elles ?

Pour faire face aux pénuries d’eau, les préfets (les représentants de l’Etat dans les départements et les  régions) peuvent prendre localement des mesures d’exception pour limiter certains usages de l’eau. Le ministère français de l’Écologie a définit quatre niveaux de gravité allant de la « vigilance » à la « crise ».

En situation de « crise », seuls les prélèvements à usages prioritaires sont autorisés. Ils concernent la santé, la sécurité civile, l’eau potable et la salubrité. Mais plusieurs secteurs parviennent à passer entre les mailles du filet.

  • Certaines zones des terrains de golfs

Les golfs ont l’autorisation d’arroser les zones de départ et les « greens » (espace autour du trou). Seule contrainte : l’arrosage doit être « réduit au strict nécessaire« , soit pas plus de 30% des volumes habituels, et réalisé « entre 8h et 20h ».

Les propriétaires de terrain bénéficient en effet d’un accord signé entre la Fédération française de golf et le ministère de la Transition écologique en 2019. En contrepartie, ils se sont engagés à réduire leur consommation d’eau. Il faut, en moyenne, 25 000 mètres de cube d’eau par an pour arroser les pelouses des plus de 700 parcours que comptent la France.

Certains élus écologistes s’indignent et pointent la dimension symbolique. Le maire Europe Écologie les Verts (EELV) de Grenoble, Éric Piolle, regrette que « les pratiques des plus riches » continuent d’être « protégées« .

Un département résiste et vient d’interdire d’arroser les terrains les golfs dans leur totalité. La préfecture d’Ille-et-Vilaine en Bretagne a annoncé, la semaine dernière, le renfort des mesures pour préserver les ressources en eau.

  • Les terrains de compétition et d’entrainement « à enjeu national ou international »

L’arrosage des terrains de sport est en principe interdit sauf ceux qui sont de portée nationale et internationale. « Leur arrosage doit néanmoins se limiter au strict nécessaire et peut se voir interdit en cas de pénurie d’eau potable », rappelle le ministère de l’Écologie.

La Ligue professionnelle de football (LFP) a récemment annoncé la suspension de son « championnat des pelouses », censé récompenser le plus beau gazon en fin de saison.

  • Les centrales nucléaires

Dans un contexte énergétique tendu, le producteur d’électricité français EDF a obtenu des dérogations pour continuer à puiser dans les cours d’eau. Pour fonctionner, les centrales pompent et rejettent chaque jour d’importantes quantités d’eau afin de refroidir leurs réacteurs.

Certains sites ont même obtenu à titre exceptionnel l’autorisation de dépasser le seuil légal de 28°C de température de l’eau. La dérogation devait prendre fin le 7 août, elle a été étendue jusqu’au 11 septembre.

  • Localement, des demandes de dérogation

Vendredi dernier, la ville de Colmar à proximité de la frontière avec l’Allemagne et labellisée Ville « 4 Fleurs » et « Fleur d’Or » a demandé une dérogation pour arroser ses massifs de fleurs.

La demande auprès de la préfecture ne fait pas l’unanimité auprès des habitants. « Les fleurs et le gazon ne se mangent pas. La Ville de Colmar demande une dérogation d’arrosage pour maintenant son standing de ‘ville fleurie’ alors que les agriculteurs et particuliers ne sont pas autorisés pour les céréales ou le potager… c’est juste indécent » s’indigne un internaute sur Twitter.

Christian Meistermann, l’adjoint au maire en charge de la voirie, explique et justifie la démarche : « Le capital environnemental et touristique de Colmar, ce sont aussi ces fleurs, on ne peut pas laisser mourir ce capital« .

Sur la Côte d’Azur aussi, on s’inquiète pour les végétaux. La mairie de Menton craint pour ses célèbres citrons.

VALERY HACHE / AFP
Un homme arrose les citrons avant le début de la « Fête du citron » à Menton – 2013 – VALERY HACHE / AFP

« La coupure complète de l’arrosage fera disparaître un patrimoine exceptionnel et aura un coût considérable pour la collectivité« , alerte la municipalité dans son courrier adressé au préfet des Alpes-Maritimes pour réclamer une dérogation. Pour l’heure, la demande est restée lettre morte du côté de l’Etat.

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