L’Afrique en Avant-Garde: Entreprises et Droits des Femmes dans une Perspective de Responsabilité Sociétale

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L’Afrique en Avant-Garde: Entreprises et Droits des Femmes dans une Perspective de Responsabilité Sociétale – Collaboration pour un dialogue sur les droits des femmes et la RSE. Meriam Ben Boubaker, Directrice de contrôle de gestion et 1ère vice-présidente ICFOA – INTERNATIONAL CFO ALLIANCE & Présidente de la Fondation Essalem et Désirée Thailey FE, Doctorante en sciences de gestion à l’Université de Montpellier ont abordé la question dans cette interview croisée menée par Madame Axelle Legrand, Présidente de TQM Consulting et Consultante en stratégie affaires. Elles soulignent toutes deux le rôle essentiel des entreprises dans la création d’un environnement inclusif et équitable, favorisant ainsi l’autonomisation économique et professionnelle des femmes, ainsi que l’innovation et la durabilité des organisations..


Selon les résultats d’une étude publiée en 2024 , la présence des femmes au sein de conseil d’administration influence positivement les innovations des entreprises en matière de durabilité. L’explication donnée est que celles-ci ont une capacité à sélectionner des projets de long terme à forte valeur environnementale, garantissant le progrès des organisations.
En effet, si la question de l’inclusion du genre féminin dans les organisations se pose encore au 21e siècle, c’est parce qu’il demeure une forte inégalité dans la plupart des pays du monde.
La preuve en est que cette thématique est considérée comme une problématique à l’échelle mondiale jusqu’à se positionner comme le 5e objectif de développement durable promulgué par l’ONU à savoir : « parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ».
« Quelle est la place de la femme sur le sujet de la RSE en terre africaine ? »
C’est sur cette interrogation que nous avons souhaité décrypter ce qui se fait dans certains pays africains à savoir la Tunisie ou encore la Côte d’Ivoire .


Quel est l’état actuel de l’évolution des droits des femmes en Tunisie et en Côte d’Ivoire ?


Meriam Ben Boubaker : La Tunisie a connu de remarquables avancées en matière de promotion des droits des femmes, grâce à la contribution active des femmes et des différentes organisations de la société civile.
Les femmes y occupent des postes clés dans de nombreux domaines, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la justice et de l’administration. En parlant d’égalité des sexes, l’éducation occupe une place centrale en Tunisie. Les femmes représentent une part importante des étudiants dans les universités tunisiennes, où elles brillent dans des domaines traditionnellement réservés aux hommes. Selon les statistiques les plus récentes, le taux de scolarisation des filles dans l’enseignement primaire et secondaire en Tunisie est de près de 97%, ce qui témoigne des progrès significatifs réalisés dans ce domaine de l’éducation des femmes.
En ce qui concerne la participation politique des femmes, la Tunisie a fait des pas de géant. Depuis la révolution de 2011, des efforts considérables ont été déployés pour assurer une représentation équitable des femmes au sein des institutions politiques. Cependant, la participation politique des femmes est toujours en deçà des attentes et des aspirations des femmes tunisiennes en matière de parité. En effet, le nouveau Parlement, issu des élections législatives, compte à peu près 16 % de femmes. Un chiffre qui n’augure rien de bon quant à la représentativité politique des femmes et qui montre qu’il reste beaucoup d’effort à faire en la matière.
La Tunisie a mis en place divers projets pour promouvoir cette autonomisation, tels que des programmes de microcrédit, des formations professionnelles et des initiatives de développement des compétences. Ces projets visent à favoriser la création d’entreprises dirigées par des femmes et à soutenir leur accès à des opportunités économiques équitables.
En ce qui concerne la coopération internationale, il est crucial de promouvoir les droits des femmes à l’échelle mondiale. La Tunisie a pleinement participé à cette coopération en ratifiant plusieurs conventions et en adhérant à des initiatives internationales visant à protéger les droits des femmes, telles que la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). La coopération internationale est un catalyseur essentiel pour partager les meilleures pratiques, renforcer les capacités et promouvoir une vision commune de l’égalité entre les sexes.
L’égalité des salaires est un autre domaine important qui nécessite une attention particulière. Malgré l’existence de lois pour lutter contre la discrimination salariale, les femmes en Tunisie continuent à faire face à des disparités salariales fondées sur le genre. Des mesures supplémentaires doivent être prises pour promouvoir l’égalité des salaires, telles que la transparence salariale, des politiques de promotion basées sur le mérite et l’élimination des stéréotypes de genre dans le milieu professionnel.
La représentation des femmes dans les postes de haute responsabilité est également une priorité en Tunisie. Les femmes tunisiennes ont occupé des postes clés dans divers domaines, notamment dans la politique, les entreprises, les institutions académiques et les organisations de la société civile. Le pays a également adopté des mesures pour encourager la participation des femmes à des postes de prise de décision, tels que des quotas de représentation.
Il est important de rappeler l’histoire de la Tunisie et son engagement en faveur des droits des femmes. Le président Habib Bourguiba a joué un rôle crucial dans la promotion des droits des femmes dès l’indépendance du pays en 1956. Sous son leadership éclairé, des réformes ont été mises en place pour garantir l’égalité des droits pour les femmes, dont le code du statut personnel qui a aboli la polygamie, instauré l’âge minimum du mariage et accordé aux femmes le droit de divorcer.
Enfin, il est important de souligner le rôle historique des femmes tunisiennes qui ont ouvert la voie à l’émancipation des femmes dans le pays. Des femmes telles que Tawhida Ben Cheikh, la première femme médecin au monde Arabe , ou Alia Menchari, la première pilote de ligne dans le monde Arabe et en Afrique, ont été des pionnières et ont ouvert de nouvelles opportunités pour les générations futures.


Désirée FE : Une bonne nouvelle pour introduire ces lignes : le rapport sur le développement humain présenté par le PNUD montre qu’entre 1990 et 2021, l’Indice de Développement Humain a progressé en Côte d’Ivoire avec un score de 0,550 en 2021; cette notation lui permet de faire partir des pays à IDH moyen. Ce positionnement pour la Côte d’Ivoire illustre entre autres les progressions faites par le pays en matière d’éducation et d’évolution socio- professionnelles.
En effet, nombreuses sont les entreprises ivoiriennes et les organisations internationales qui se sont associées et investissent en faveur de l’indépendance des femmes. C’est par exemple le cas avec le projet « Hello Women » lancé par l’une des plus grandes entreprises du secteur de la communication qui vise à développer les compétences de la gent féminine dans les métiers de l’IT. Sa politique de diversité est axée sur la promotion de la mixité du genre en entreprise.
Il peut être également cité les initiatives d’une entité du secteur minier qui s’associe avec des organismes tels que l’ONU pour accompagner les femmes dans leurs autonomisations éducatives et financières. Des illustrations de cet ordre sont multiples.
Si le gouvernement ivoirien a contribué à une certaine avancée sur le sujet, c’est parce qu’en tant que régulateur, l’État n’a pas hésité à ratifier plusieurs conventions internationales sur les droits des femmes. Il peut être cité entre autres la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes (La CEDEF) ratifiée dès 1995. Elle est également signataire d’autres chartes telles que la convention n° 100 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) de 1961 ou encore convention n° 111 sur la discrimination en matière d’emploi et de profession. Concrètement, cela lui revient à reconnaître les droits fondamentaux sur l’éducation, la santé et aussi à lutter pour une rémunération égalitaire entre les hommes et les femmes.
Ses forts engagements internationaux historiques ont stimulé une dynamique à l’échelle nationale ; La promotion des droits de la femme a été inscrite dans la constitution de novembre 2016 principalement aux articles 35, 36 et 37 visant ainsi à renforcer et à encourager la position des femmes à des postes de responsabilité.

Quelle est l’importance de la responsabilité sociétale des entreprises dans la promotion des droits des femmes en Tunisie et en Côte d’Ivoire?


Meriam Ben Boubaker : Je souhaiterais mettre en lumière la mise en place d’une stratégie nationale et la responsabilité sociale en Tunisie en ce qui concerne la promotion des droits des femmes.
La Tunisie a fait de grands progrès dans ce domaine au fil des années. La mise en place d’une stratégie nationale visant à promouvoir les droits des femmes a joué un rôle essentiel dans cette évolution. Cette stratégie, basée sur des principes d’égalité des genres et de non-discrimination, s’est fixé des objectifs ambitieux pour garantir les droits fondamentaux des femmes dans tous les domaines de la vie.
Permettez-moi de vous présenter quelques chiffres qui illustrent cette évolution significative. Selon le rapport Global Gender Gap de 2020 du Forum économique mondial, la Tunisie a progressé de manière notable dans la réduction des inégalités de genre. Sur les critères tels que l’accès à l’éducation, la participation économique et politique, ainsi que la santé et le bien-être, la Tunisie a réalisé des avancées notables.
Il est également important de souligner que la Tunisie est le seul pays au monde à célébrer les droits de la femme deux fois par an. Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est largement reconnu et célébré en Tunisie pour marquer les réalisations et les luttes continues pour l’égalité des genres. De plus, le 13 août est également dédié à la journée nationale de la femme tunisienne, où l’accent est mis sur les succès et les contributions des femmes tunisiennes dans tous les aspects de la société.
La promotion des droits des femmes ne doit pas seulement être l’affaire des gouvernements ou des institutions. Il s’agit d’une responsabilité sociétale qui doit être partagée par tous. Les individus, les communautés, les organisations et les entreprises ont un rôle essentiel à jouer dans la création d’un environnement inclusif où les femmes peuvent exercer pleinement leurs droits.
La Tunisie a accompli des progrès significatifs dans l’évolution des droits des femmes grâce à la mise en place d’une stratégie nationale et à une responsabilité sociale collective. Cependant, il reste encore du travail à faire pour combler les écarts persistants. Continuons à faire avancer cette cause vitale et à promouvoir l’égalité des genres, non seulement en Tunisie, mais dans le monde entier.
Aussi, l’égalité des genres au sein des entreprises et des divers secteurs économiques n’est pas seulement une question de justice sociale, mais également un moteur puissant de croissance et de prospérité. Les entreprises qui embrassent la diversité et l’inclusion, en particulier en favorisant l’égalité des chances entre hommes et femmes, bénéficient d’une richesse d’idées et de perspectives. La présence équilibrée de femmes et d’hommes au sein des équipes de travail se traduit souvent par une meilleure prise de décision, une plus grande créativité et une performance accrue. Les études démontrent que les entreprises axées sur l’égalité des genres sont plus innovantes et plus résilientes, renforçant ainsi leur compétitivité sur le marché mondial.
Par ailleurs, il est essentiel de souligner l’impact direct de l’égalité des genres sur les capacités monétaires des familles. Lorsque les femmes ont un accès égal aux opportunités économiques, qu’il s’agisse de l’emploi ou de l’entrepreneuriat, les ménages bénéficient d’une stabilité financière accrue. Les femmes sont souvent des gestionnaires habiles des ressources familiales, investissant dans l’éducation des enfants, la santé et le bien-être familial. L’égalité des revenus entre les partenaires contribue à réduire les inégalités économiques au sein des foyers, renforçant ainsi la sécurité financière globale.
En somme, promouvoir l’égalité des genres dans tous les secteurs d’activité n’est pas simplement une question de justice, mais une stratégie essentielle pour dynamiser l’économie, stimuler l’innovation et renforcer les bases financières des familles. En investissant dans l’autonomisation des femmes sur le plan professionnel et économique, nous créons un tissu social plus résilient et prospère, où chaque individu, quel que soit son genre, peut contribuer pleinement au développement de notre société.

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Désirée FE : Récemment sur les questions de changement climatique, la COP15 désertification qui s’est tenue en 2022 a été l’occasion pour la première dame de Côte d’Ivoire de rappeler la vulnérabilité du genre féminin majoritairement exposé aux dégradations environnementales ; plaidant ainsi pour l’exécution d’une stratégie d’autonomisation des femmes dans le pays.
Au-delà des actes écrits, des actions fortes ont été entreprises par le gouvernement ivoirien, l’une des illustrations est l’ouverture de l’inscription à l’École Militaire Préparatoire Techniques aux jeunes filles ivoiriennes dès 2013.
Toutefois, une barrière reste à franchir. Les chiffres montrent que sur 430 dirigeants de firmes, uniquement 20 femmes sont concernées . Et seulement 26,3 % d’entreprises ivoiriennes comptent au moins une femme comme actionnaire.
Bien que les avancées soient considérables sur l’inclusion de la femme ivoirienne dans la sphère socioprofessionnelle, et que son exposition aux risques environnementaux ait été identifiée, des efforts restent toujours à faire.

Quels sont les principaux défis persistants à l’échelle mondiale ?

Meriam Ben Boubaker : D’après le dossier spécial 8 mars « État des inégalités femmes-hommes en 2024 » publié par Focus 2030 , qui dresse un état des lieux de l’égalité des genres dans le monde, en 2024, malgré l’engagement mondial pour l’égalité d’ici 2030, les crises actuelles soulignent l’urgence d’une action coordonnée face aux conflits, pandémies, dérèglements climatiques et crises économiques qui impactent particulièrement les femmes. Aucun pays n’a encore atteint l’égalité, et à ce rythme, il faudra encore 131 ans pour y parvenir. Focus 2030 souligne que l’égalité des genres est essentielle pour le développement et la paix mondiale, rappelant que c’est la pierre angulaire des Objectifs de développement durable.
Il est indéniable que certains pays ont accompli des avancées significatives dans la promotion des droits des femmes, pourtant, il existe encore des régions du monde où les droits des femmes sont largement négligés. Dans certains pays, l’accès limité à l’éducation continue de limiter les opportunités pour les femmes. Les mariages précoces et forcés sont encore pratiqués. Les violences basées sur le genre restent une réalité pour de nombreuses femmes, les exposant à des traumatismes physiques et psychologiques.

Les solutions pour remédier aux problèmes résident dans l’éducation, l’autonomisation économique et la sensibilisation.Encourager l’éducation des femmes est une clé fondamentale pour leur émancipation.
En investissant dans des programmes d’éducation accessibles et de qualité, nous pouvons briser les obstacles qui freinent leur développement personnel et professionnel.
L’autonomisation économique est également essentielle pour permettre aux femmes d’accéder à des opportunités économiques. Nous devons encourager les politiques de travail équitable, l’entrepreneuriat féminin et l’accès à des services financiers, tels que les microcrédits, afin de renforcer leur indépendance économique.
La sensibilisation est une autre solution clé. Il est crucial de promouvoir l’égalité des genres et de remettre en question les stéréotypes de genre préjudiciables. Des campagnes médiatiques, des programmes éducatifs et des initiatives de plaidoyer peuvent tous contribuer à changer les mentalités et à favoriser un environnement plus égalitaire.

En conclusion, nous avons parcouru un long chemin dans la promotion des droits des femmes, mais il reste encore des défis à relever. En mettant l’accent sur l’éducation, l’autonomisation économique et la sensibilisation, nous pouvons créer un monde plus équitable pour tous. J’en appelle à chacun d’entre vous pour s’engager dans cette lutte, pour que notre génération et celles à venir puissent jouir d’une véritable égalité des genres.

Désirée FE : Bien que les avancées soient considérables sur l’inclusion du genre féminin dans la sphère socioprofessionnelle, et que l’exposition de la femme ivoirienne aux risques environnementaux ait été identifiée, des efforts restent toujours à faire.
Que ce soit en Tunisie ou en Côte d’Ivoire. Notre plaidoyer reste le même et nos propositions se rejoignent. L’un des fondements profonds serait de renforcer l’éducation des femmes sur les sujets de l’entrepreneuriat, du social et de l’environnement. À travers les résultats de l’étude présentée en introduction, notre souhait est que les femmes contribuent fortement à la performance globale des organisations qu’elles dirigent. Une femme éduquée, c’est un monde accompli.

10 Faits et Chiffres pour Saisir l’Ampleur des DéfisSELON LE DOSSIER SPÉCIAL 8 MARS : ÉTAT DES INÉGALITÉS FEMMES-HOMMES EN 2024, PUBLIÉ PAR FOCUS 2030, LES DONNÉES SUIVANTES SOULIGNENT L’AMPLEUR DES DÉFIS PERSISTANTS EN MATIÈRE D’ÉGALITÉ DES GENRES :

1. 131 ANS JUSQU’À L’ÉGALITÉ MONDIALE (FORUM ÉCONOMIQUE MONDIAL, 2023).
2. SEULEMENT 10 % DES CHEF·FE·S D’ÉTAT SONT DES FEMMES (ONU FEMMES, 2024).
3. DANS PRÈS D’UN PAYS SUR DEUX, LA LOI NE GARANTIT PAS UNE RÉMUNÉRATION ÉGALE (BANQUE MONDIALE, 2024).
4. ÉCART SALARIAL GLOBAL DE 20 % ENTRE FEMMES ET HOMMES (OIT, 2022).
5. 1/3 DES FEMMES ONT SUBI DES VIOLENCES PHYSIQUES ET/OU SEXUELLES (OMS, 2021).
6. TOUTES LES 11 MINUTES, UNE FEMME EST TUÉE PAR UN MEMBRE DE SA FAMILLE (ONU FEMMES, 2022).
7. 800 FEMMES MEURENT CHAQUE JOUR DE COMPLICATIONS LIÉES À LA GROSSESSE OU À L’ACCOUCHEMENT (OMS, 2023).
8. 270 MILLIONS DE FEMMES N’ONT PAS ACCÈS À UNE CONTRACEPTION MODERNE (OMS, 2023).
9. PLUS DE 12 000 FILLES RISQUENT CHAQUE JOUR DES MUTILATIONS GÉNITALES FÉMININES (OMS, 2024).
10. SEULS 4 % DES FLUX D’AIDE AU DÉVELOPPEMENT VISENT DIRECTEMENT L’ÉMANCIPATION DES FEMMES (OCDE, 2020-2021).

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