Tensions place de la Concorde : « Le 49.3 est une honte, on ne peut pas laisser faire »

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paris, 17 mars 2023 - plusieurs milliers de manifestants sont rassemblés place de la concorde contre le 49.3

Après une première nuit agitée la veille, un nouveau rassemblement spontané de plusieurs milliers de personnes s’est formé ce vendredi soir sur l’emblématique place, à quelques centaines de mètres de l’Assemblée nationale.

« On n’a pas pu venir hier, donc on s’est dit qu’on allait se rattraper aujourd’hui ! », lancent Thomas et Rémi, venus « protester contre la réforme des retraites injuste ». Ce vendredi 17 mars au soir, les deux étudiants parisiens ont rejoint le rassemblement spontané qui s’est formé sur l’emblématique place de la Concorde à Paris. L’appel avait été lancé sur les réseaux sociaux, et relayé toute la journée sur Instagram ou Twitter, après une première nuit agitée la veille, marquée par de nombreuses tensions.

Sur place, aucun drapeau ni chasuble, contrairement aux mouvements organisés le matin sur le périphérique ou gare de Lyon sous la houlette de certains syndicats. Environ 4 000 personnes, en grande majorité des jeunes, ont afflué à partir de 18 heures dans une ambiance électrique.

Sam, 28 ans, du Bourget (Seine-Saint-Denis), est aussi remonté contre le projet de réforme défendu par le gouvernement, que par l’usage du 49.3 pour accélérer son adoption.

« J’ai le sentiment de me faire insulter »

« Ce projet, c’était déjà la goutte d’eau. Là, avec le 49.3, c’est la baleine qui fait déborder le vase. J’ai le sentiment de me faire insulter. Je me demande vraiment pourquoi j’ai voté Macron en 2022, tempête ce menuisier en décoration. À mon âge, j’ai déjà des douleurs de dos à force de porter des charges lourdes. Mais au-delà de mon cas personnel, je me mobilise pour des collègues qui ont la cinquantaine et qui souffrent de tendinites, de problèmes de dos. Je ne suis pas le plus à plaindre. »

Même ressentiment du côté de Carla, 30 ans, qui termine son doctorat à Paris. Elle aussi était déjà au rendez-vous la veille. Ce vendredi soir, c’est en scrutant Twitter qu’elle a décidé de rejoindre à nouveau la place de la Concorde avec son ami, Zacharie : « Dès qu’on a vu qu’il commençait à y avoir du monde, on a foncé », raconte-t-elle. « On se moque de nous ! J’avais déjà participé à plusieurs manifestations jusqu’à maintenant. Je vais continuer car je crois au référendum d’initiative partagée. C’est ce qui me donne de l’espoir que le projet soit abandonné. »


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Zacharie, lui, 32 ans, avocat fiscaliste, reconnaît ne pas « avoir le profil du manifestant. Mais je veux montrer que la colère est interprofessionnelle et touche toute la population. On doit être solidaires contre cette réforme. »

Matthew, 38 ans, développeur informatique à Paris, fait partie de ceux que le 49.3 a poussés dans la rue. « C’est la première fois que je viens manifester. Le mépris du gouvernement pour le peuple m’a poussé à le faire ce soir », confie-t-il, convaincu que le gouvernement aurait pu faire autrement : « Ils auraient pu faire passer le texte en proposant une réforme plus juste, en tapant moins sur les pauvres et en trouvant l’argent ailleurs, avance-t-il. Là, je ne sais pas comment ça va évoluer, je suis assez effrayé. »

À dix mètres de l’obélisque, Emmanuel, 52 ans, observe la foule avec un œil bienveillant. « Je trouve ça plutôt bon enfant ! », lance-t-il. Quelques secondes après, des CRS chargent, devant ses yeux, un groupe de casseurs, occupés à détruire les protections de chantier sur le monument. Alors qu’une foule s’amasse autour d’un brasier, nombre de personnes encapuchées, équipées de lunettes et de masques scandent « Tout le monde déteste la police ».

« Si ça déborde, on va discréditer tout le mouvement »

Certains récupèrent des pavés pendant qu’un manifestant arrive avec un carton, à l’effigie d’Emmanuel Macron. La foule s’emballe. « Macron au bûcher ! Macron au bûcher ! » hurlent en chœur les manifestants. « Ça ne va pas lui faire de mal », rit Matthieu, 42 ans, devant la scène. Ce formateur est venu avec sa femme, Dorothée. « Le 49.3 est une honte. On ne peut pas laisser faire, lance cette dernière. Si ça doit dégénérer pour que le gouvernement comprenne, ça dégénérera. »

À l’écart du cœur du rassemblement, Marie, étudiante à La Sorbonne de 24 ans, regrette la tournure des événements, pendant que des feux d’artifice sont tirés. « Si ça déborde, on va discréditer tout le mouvement », souffle-t-elle. À côté d’elle, Flavien, bonnet sur la tête, « comprend » la colère. « Tout explose. Pendant un mois et demi des millions de gens se sont exprimés dans le calme. On n’a pas été écoutés, tranche-t-il. Que faut-il qu’on fasse ? ».

Vers 20 heures, les forces de l’ordre ont commencé à disperser la foule avec des jets lacrymogènes et des grenades de désencerclement. À 21 heures, 12 personnes avaient été interpellées.

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