Une société israélienne fantôme aurait influencé des dizaines d’élections dans le monde

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Le collectif de journalistes d’investigations « Forbidden Stories » a révélé, ce mercredi 15 février, qu’une société israélienne aurait influencé des dizaines d’élections dans le monde.

Au moyen de faux comptes sur les réseaux sociaux, mais aussi d’espionnage et de lobbying auprès de décideurs politiques, cette cellule de désinformation aurait interféré dans des campagnes électorales et des référendums, notamment en Afrique et en Europe. La société, sans existence légale, surnommée « Team Jorge » par les journalistes, en raison du pseudonyme d’un de ses responsables, Tal Hanan, est composée d’anciens membres des services de sécurité israéliens selon les révélations du collectif mercredi. Ses différents commanditaires n’ont pas été identifiés.

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En toute impunité, sans principes moraux, cette entreprise clandestine israélienne opère dans l’ombre, et propose ses services au plus offrant, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Sami Boukhelifa.  La « Team Jorge » offre une solution clé en main. Une véritable armée virtuelle avec des milliers de faux comptes sur les réseaux sociaux. Grâce à leur logiciel redoutable, ils donnent vie à des avatars, créés de toutes pièces, mais qui disposent d’une adresse mail, d’une date de naissance et même d’un numéro de téléphone. Les sites peuvent ainsi vérifier leur existence, sans se douter de rien. La mission de ces faux profils est ainsi de publier des opinions orientées pour influencer le plus de personnes possible en ligne. 

Impliqué dans le scandale Cambridge Analytica

Jorge était déjà impliqué dans le scandale Cambridge Analytica en 2018, du nom de cette entreprise accusée d’avoir analysé des volumes très importants de données pour vendre des outils d’influence utilisés notamment par Donald Trump.

Les trois journalistes de Radio France, et de deux médias israéliens, ayant mené l’enquête, se sont eux même fait passer pour de potentiels clients. « Nous sommes intervenus dans 33 campagnes électorales au niveau présidentiel », leur a confié la société clandestine israélienne. « Les deux tiers ont eu lieu en Afrique. Et 27 ont été un succès ». 

En Europe, la société serait intervenue dans le référendum, non reconnu par le gouvernement espagnol, organisé par les indépendantistes catalans en 2014, selon le site de Radio France. En Afrique, « nous pouvons confirmer qu’au cours de l’été 2022, alors que l’élection présidentielle kényane approchait, Jorge s’est intéressé aux comptes de proches du futur président William Ruto », Dennis Itumbi et Davis Chirchir, membres de son équipe de campagne, selon le site « Forbidden Stories ».

Désinformation à BFM TV

La « Team Jorge » s’est aussi infiltrée à l’intérieur de la chaîne française d’information en continu BFM TV, à travers l’un des présentateurs : Rachid M’Barki, en faisant diffuser à l’antenne, par l’intermédiaire de ce présentateur complice, des sujets qui n’avaient pas été validés par la rédaction. Des sujets sensibles, autour des oligarques russes, du Sahara occidental, du Qatar, du Cameroun qui passaient à travers les mailles du filet éditorial puisqu’ils étaient insérés à l’antenne à la dernière minute. 

Lorsque la direction de BFM interroge Rachid M’Barki sur le sujet, le présentateur met en avant son libre arbitre éditorial et évoque un intermédiaire du nom de Jean-Pierre Duthion. C’est un consultant média, qui est qualifié par une agence d’influence de « mercenaire de la désinformation », qui lui-même aurait reçu des commandes, passées par d’autres intermédiaires, sans connaitre le client final. Son rôle était de mettre des sujets dans les mains des journalistes.

Ces brèves ayant trait aux oligarques russes, ou au Qatar, qui aurait été « fournies clés en main pour le compte de clients étrangers », selon le consortium d’investigation. L’une de ces brèves, sur les difficultés de l’industrie du yacthing à Monaco depuis l’imposition de sanctions internationales à la Russie et ses ressortissants, laisse par exemple penser que l’objectif est de critiquer la politique de sanctions des pays européens.

Rachid M’Barki assure ne pas avoir été rémunéré pour diffuser ces sujets. Mais les journalistes du collectif d’investigation qui révèle cette enquête mercredi estiment qu’une telle prestation pourrait rapporter autour de 3 000 € à l’unité du sujet diffusé. Rachid M’Barki de son côté se défend d’avoir participé à une quelconque campagne de désinformation et dit qu’il s’est peut-être fait avoir. Il a en tout cas été suspendu par sa chaîne lorsque le collectif Forbidden Stories a alerté ses supérieurs en janvier. 

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