Mort de Nahel : Paris, Nanterre, Marseille, Lyon… quatrième nuit d’émeutes, près de 1000 interpellations

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A firefighter uses a water hose on a burnt bus as unrest continues following the death of a 17-year-old teenager killed by a French police officer during a traffic stop, in Nanterre, Paris suburb, France, July 1, 2023. REUTERS/Yves Herman

Les affrontements avec les forces de l’ordre et les pillages ont démarré très tôt et très fort à Marseille, mais aussi à Lyon ou Grenoble. Le degré de violence était globalement plus limité que la nuit précédente.

Il fallait donc attendre minuit. Longtemps, les zones de tensions entre émeutiers et forces de l’ordre semblaient se cantonner vendredi soir à certaines villes, comme Marseille, Lyon ou encore Grenoble. Au point, même, de croire à un apaisement franc en Île-de-France, où de nombreuses municipalités ont décidé de mettre en place un couvre-feu.

Ce n’est pas tout à fait ce qu’il s’est passé. À l’heure où Cendrillon est censée être rentrée pour s’endormir paisiblement, c’est un camion blindé de la BRI qui a fait son apparition dans le quartier Pablo Picasso à Nanterre. Comme le témoin de l’ampleur du dispositif déployé aux quatre coins du pays. Non loin de là, un camion vient de prendre feu. Les premiers tirs de mortier se font entendre. Tout comme les sirènes des camions de pompiers. Les émeutiers tentent de mettre en place des barricades, mais les forces de l’ordre, déployées en nombre dans la ville endeuillée, interviennent rapidement. Ce qui n’a pas permis d’empêcher le départ de plusieurs feux de véhicules, dont un bus. Plus tard, neuf individus armés de cocktails molotov ont été appréhendés par les forces de l’ordre, a fait savoir la préfecture sur les réseaux sociaux.

À Paris, la situation s’est tendue en début de soirée au niveau de la place de la Concorde, où les policiers ont mis un terme à un rassemblement interdit. Pendant plusieurs dizaines de minutes, la rue de Rivoli s’est muée en théâtre des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Ces dernières sont également intervenues plus tard aux Halles.

D’autres villes franciliennes ont été concernées par ces embrasements. À Bondy, des pilleurs se sont attaqués à un magasin Conforama et à un Darty. Malgré plusieurs charges menées par le Raid, certains ont réussi à s’emparer d’écrans plats et de cartons.

À Saint-Denis, les émeutiers ont tenté de mettre le feu au centre administratif, ont rapporté les autorités au Parisien. À Drancy, un Carrefour et une galerie marchande ont été pillés. En Seine-et-Marne, la préfecture affirme que les incidents ne sont pas vraiment comparables à ceux de la veille. Les autorités ont tout de même dû faire face à un début d’incendie au centre commercial l’Abbaye à Dammarie-les-Lys.

« La république va gagner, pas les émeutiers »

Dans le Val-d’Oise, la mairie de Persan a été particulièrement touchée. Selon nos informations, l’édifice a été attaqué par plusieurs dizaines d’individus. Il a ensuite été vandalisé avant d’être incendié.

La situation était également tendue à Argenteuil, où ont été signalés des tirs de mortiers et des voitures incendiées.

Dans le département des Yvelines, des départs d’incendies ont été recensés dans un Franprix de Mantes-la-Ville, la Poste de Chanteloup-les-Vignes et un local des Restos du Cœur à Vaux-sur-Seine.

Mais c’est bien à Lyon, Marseille ou encore Grenoble que les événements les plus graves ont été constatés. Plus tôt dans la soirée, de nombreux émeutiers se sont livrés à un véritable pillage des centres-villes. Dans la Cité phocéenne, une forte détonation a même été ressentie sur le Vieux-Port.

La cause n’est pas encore connue. C’est à Marseille que les forces de l’ordre ont procédé au plus grand nombre d’interpellations. Une armurerie a notamment été dévalisée. Les débordements étaient tels que le maire de la ville, Benoît Payan, a réclamé des renforts policiers pour faire face aux dégradations. Une demande immédiatement acceptée par le ministère de l’Intérieur.

Pendant plusieurs heures, à Lyon, de violents affrontements ont opposé les émeutiers et les forces de l’ordre, notamment celles-ci ont été contraintes de disperser un rassemblement non autorisé en hommage à Nahel.

Des vitrines enfoncées, des boutiques pillées et même des tirs de Kalachnikov ont par ailleurs été recensés par les autorités. L’intérieur d’un poste de police a quant à lui été saccagé dans le 4e arrondissement de la ville.

À Grenoble, des centaines de jeunes ont investi le centre-ville, où ils n’ont cessé de dévaliser les magasins, notamment des enseignes de vêtements ou encore de téléphonie mobile. Le Dauphiné explique, entre autres, que des pilleurs ont été extraits des Galeries Lafayette puis interpellés. En banlieue de la ville, à Échirolles, un garage a été forcé et plusieurs véhicules incendiés.

Au cœur de la nuit, le ministre de l’Intérieur a également déploré des actes d’une extrême gravité à Montpellier. À Strasbourg, vendredi, en plein après-midi, des pillards se sont quant à eux attaqués à un Apple Store.

Plusieurs villes de taille moyenne, comme Woippy, en Moselle, ont également été touchées par des violences. La gendarmerie y avait déployé des blindés, mais plusieurs incendies de locaux commerciaux ont été répertoriés.

En déplacement à Mantes-la-Jolie, le ministre de l’Intérieur semble avoir voulu se montrer quelque peu optimiste quant à l’évolution de ces violences. « La république va gagner, pas les émeutiers », a-t-il lancé devant les caméras de télévision. Car si des centaines d’individus ont été interpellées cette nuit, lui relève que les violences de la nuit ont été d’une intensité « bien moindre », avec « des départements extrêmement calmes ».

Près de 1 000 interpellations en France

Les chiffres tendent d’ailleurs à abonder dans ce sens en comparant les nuits de jeudi à vendredi et celle qui vient de s’écouler. Si entre vendredi et ce samedi le nombre d’interpellations a augmenté, passant de 875 à 994 dans l’ensemble du pays, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur ce samedi matin, le nombre de policiers et gendarmes blessés est passé de 249 à 79. Les incendies sur la voie publique sont passés de 3880 à 2560, ceux de véhicules de 1919 à 1350, les incendies ou dégradations de bâtiments de 492 à 234.

Enfin, le bilan des attaques concernant les commissariats (39 cas de jeudi à vendredi contre 31 entre vendredi et ce samedi), les polices municipales (24 contre 16) et les casernes de gendarmerie (16 contre 11) est lui aussi plutôt orienté à la baisse.

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